Un Brennus parmi trois

TROPHEE DE FRANCE

C’est un bouclier, appelé Trophée de France, qui entre 1907 et 1914 a récompensé le champion de France inter fédérations. La FFF est actuellement en possession de la plaque sur laquelle étaient gravés le nom des vainqueurs et m’a sollicité, en tant que spécialiste des trophées du foot, pour savoir si j’avais une photo dudit trophée. Après une bonne semaine d’échanges et de recherches, associés à quelques historiens du football, nous avons pu retracer l’histoire de ce trophée…

A l’origine, une compétition inter-fédérations…

Au début du vingtième siècle, c’est l’USFSA (Union des Sociétés Françaises des Sports Athlétiques) qui est l’organisme gérant le football en France et reconnu à l’international. Mais d’autres fédérations existent, notamment la FGSPF (Fédération Gymnaste et Sportive des Patronages de France) gérée par le clergé. Son président, Charles Simon, crée en 1907 le CFI (Comité Français Interfédéral) avec pour objectif de réunir toutes les fédérations de football en France, à l’exception de l’USFSA et de la FSAF (Fédération des Sociétés Athlétiques professionnelles de France). Si chaque fédération garde son autonomie, le Trophée de France est organisé en fin de saison pour sacrer le champion national.

Entre 1907 et 1910, seuls les champions de la FGSPF et de la FCAF (Fédération Cycliste et Athlétique de France) participent. Ils sont rejoints par celui de la LFA (Ligue de Football Association) en 1910 qui regroupait des clubs ayant quitté l’Union. Ce n’est qu’en 1913 que l’USFSA adhère au CFI et participe enfin à l’épreuve.

C’est la FGSPF qui a remporté l’épreuve le plus souvent (quatre titres remportés par l’Etoile des deux lacs et le Patronage Olier, deux succès pour chaque club), suivi de la LFA (deux titres remportés par le CA Paris). La FCAF (JA Saint-Ouen) et l’USFSA (olympique lillois) doivent se contenter d’une seule couronne.

Le trophée

Le trophée de cette épreuve est un bouclier, qui daterait de l’époque des croisades (1) selon la presse de l’époque (mais cette affirmation semble toutefois un peu farfelue), posé sur une grande plaque de bois. C’est le sculpteur Charles Brennus qui a réalisé cette œuvre. Elle a été offerte au FGSPF par le baron Pierre de Coubertin, qui en avait également donné un pour le champion de France de rugby et un pour celui de longue paume. Il existait donc trois boucliers de Brennus au début du vingtième siècle. L’article 8 du règlement de la compétition précise que le club vainqueur aura la garde du trophée pendant un an (2).

Il existe aussi une photo du Trophée de France datant de l’avant-guerre. On la doit au journal La Vie sportive du Nord de la France et l’Union sportive réunies. Dans son édition du 2 mai 1914, après la victoire de l’olympique lillois, l’hebdomadaire titre fièrement en une « Le Trophée de France est dans nos murs ». Une photo du trophée prise dans les locaux de l’Olympique lillois est présente, pour permettre aux sportsmen qui ne le connaissent pas de le découvrir.

La Grande Guerre ne sera pas loin d’avoir raison de ce bouclier. Le journal La Presse relate qu’à la suite d’un bombardement de la capitale des Flandres, en octobre 1914, un violent incendie a détruit près de 1400 habitations. Les flammes ne sont arrêtées qu’à quelques mètres de la Taverne Liégeoise où étaient exposés le Trophée de France ainsi que le trophée de champion de l’USFSA.

Et après ?

En 1916, le CFI créé la coupe de France ouverte à tous les clubs du pays. La création de cette nouvelle compétition, qui se déroule pour la première fois lors de la saison 1917-1918, signe la fin du Trophée de France.

Le 26 septembre 1921, à la demande de la Commission militaire, le Bureau décide que le Trophée de France sera affecté au championnat militaire. La plaque portant le nom des vainqueurs est dévissée et conservée par la Fédération.

On arrive à retracer le cheminement du bouclier dans l’entre deux guerres. Le succès du 158e Régiment d’Infanterie est relaté dans l’Auto du 21 août 1924. Il est précisé que c’est le Trophée de France, offert par le Baron au CFI, qui est utilisé comme challenge pour le vainqueur de cette épreuve. Il existe aussi une photo (à priori la dernière connue de ce trophée) du Régiment d’Infanterie de Dunkerque posant avec le bouclier après leur succès en 1928.

L’objet est très convoité par les différents bataillons comme le montre l’anecdote suivante remontée dans France Football en 1939. Celui qui raconte cette histoire explique qu’il a pu visiter la salle des trophées du 20e BCA à Antibes et s’est étonné d’un grand vide laissé dans la salle. Le capitaine Signard, qui faisait la visite, lui a répondu : « C’est la place d’honneur. C’est là que resta pendant deux ans le Bouclier du championnat de France militaire. Nous avons perdu le titre et rendu le trophée mais nous gardons la place… »

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, c’est 3e du Génie de Arras qui est en possession du trophée. Si le précieux bouclier avait traversé la Grande Guerre sans encombre, alors qu’il était déjà au cœur des combats à cette époque, il ne passera pas la seconde guerre mondiale. A l’issue du conflit, la Fédération doit déplorer sa perte (3). Lors de son conseil du 7 mai 1945, le Trophée est déclaré officiellement perdu et la Fédération décide de doter l’épreuve d’une nouvel objet d’art.

Pour la petite histoire

Deux autres disciplines sportives honorent leur champion national avec un bouclier. Si le bouclier de Brennus fait forcément référence au rugby, rares sont ceux qui savent que c’est aussi un trophée similaire qui récompense le champion de France de longue paume depuis la fin du dix-neuvième siècle. En 2016, lorsqu’Abbeville a été champion de rugby de quatrième division, l’un des membres du club, Pierre Weber, a eu l’idée de réunir les deux boucliers (celui du rugby et celui du longue paume). C’est ainsi que les deux boucliers jumeaux, tous les deux créés par le sculpteur Charles Brennus, ont pu être réunis le temps de quelques heures et d’une petite photo de famille. Il ne manquait donc à l’appel que le bouclier de Brennus des footballeurs…

Pour finir

Merci pour leur aide dans cette enquête à Alfred, Antonio, Florent, François, Jacques, Pierre et Xavier.

Sources

  • L’Auto du 12 juin 1911
  • L’Auto du 8 mai 1914
  • Bureau Fédéral – Séance du 17 mai 1945

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